Entre deux


Oui, entre deux, ENCORE.

Dans une de ces périodes que je n'aime pas trop et qui reviennent périodiquement. Cette petite baisse de régime dans les commandes, cette chaîne Kulturelle qui me fait un peu moins vivre que d'habitude, cette idée géniale de clore l'activité libérale en plein dans le creux de la vague, cette nécessité de repartir en prospection, cette morosité persistante alors qu'il fait un temps pas dégueu dehors... Je vais un peu plus au cinéma que d'ordinaire, et c'est tant mieux, mais ce n'est pas ça qui va me faire vivre, boudiou.

Il faut agir. Et puisque j'arrête la traduction en libéral, c'est décidé, la prospection, cette fois, ce sera du côté de l'édition. Envie de changer un peu d'air, d'approfondir des styles et des écritures traduits en libéral au cours des dernières années, mais qui auraient aussi bien pu être des textes dits d'auteurs - des manifestes politico-esthétiques des années 20, des textes d'histoire de l'art, un récit de voyage... sans oublier quelques beaux livres de photographes, des livrets de CD et des articles pour des catalogues de festivals ou des revues qui font un tout petit début d'expérience pertinente, on y croit.

Prospection, donc. Dio mio, ça fait longtemps que je n'ai pas prospecté à grande échelle. Et de mémoire, je n'ai jamais tellement creusé l'éventualité de travailler régulièrement pour l'édition.

Or donc, j'ai refait un beau CV dépoussiéré qui tient en une page. Et puis je me suis dit : "CV ou plaquette ?" Nan parce qu'en traduction libérale, on ne démarche pas avec un CV, on démarche avec une chôlie brochure, c'est mieux, c'est plus "entreprise". Mais l'édition, on la démarche comment ? Rhhhâââ, toujours ce fichu statut d'auteur.

Petit aparté à ce sujet. J'ai identifié ce qui - entre autres - me faisait mal au coeur à l'idée de laisser tomber mon statut libéral initial. C'est un statut qui facilite un tout petit peu (j'ai dit un tout petit peu) les rapports avec les clients. Enfin je trouve, mais c'est peut-être totalement subjectif et lié à mes propres inhibitions et insuffisances. En libéral, on a un numéro de Siret, on tient une vraie compta, on s'emmerde avec des formulaires de TVA, on fait une déclaration fiscale 2035, on cotise à l'Urssaf - bref, on est officiellement une mini-entreprise. Toute petite, toute modeste, bien sûr, et sans les tracas d'une PME de 200 personnes, mais une mini-entreprise quand même. Une mini-entreprise qui démarche d'autres entreprises de tailles diverses. Ça ne nous met pas sur un pied d'égalité absolu, mais ça fait de nous des prestataires de services, officiellement. Disons que ça facilite le dialogue, dans une certaine mesure.

En auteur à 100%, ce n'est plus la même chose. Le statut d'auteur a ceci d'agréable qu'il est très léger à gérer au quotidien. Pas d'Urssaf, pas de compta obligatoire, pas de déclaration 2035, pas de formulaires de TVA (sauf si on y tient absolument). Mais il est tellement léger qu'on finit par ne plus le voir, tellement léger que les fonctionnaire des Impôts et de la Sécu ne le connaissent pas toujours très bien, tellement léger qu'il cadre très bien dans cette catégorie sociale créée par Anne Rousseau et Marie Rambach il y a une dizaine d'années : les intellos précaires.

Et c'est plus difficile de se comporter comme une entreprise quand on n'en a pas au moins les attributs officiels que tout le monde connaît. Fin de l'aparté.

Un CV, donc. Le faire tenir en une page, c'est mieux, y mettre un peu de couleur, c'est plus bô, trouver une accroche qui... accroche, en somme. En faire quelque chose à mi-chemin entre CV et plaquette commerciale, disons (je suis aussi convaincue que convaincante, je le sens). Check, on verra si l'accrochage a lieu.

Ajouter un petit portfolio pour montrer un peu ce qu'on sait faire. Quatre textes, dix pages en tout, c'est trop ? Je n'en sais rien.

Définir dans quel segment de l'édition prospecter. Pas dans la fiction, ce n'est pas pour moi. Soit elle est "de masse" et elle ne m'intéresse pas, je n'arrive pas à prendre au sérieux ce que je traduis. Ne me prends pas pour une snob, lecteur atterré de ce blog (quoique, tu n'aurais pas complètement tort) : j'ai tenté le coup avec Harlequin il y a quelques années. J'étais ravie d'être venue à bout du parcours du combattant propre à cette maison d'édition aussi mythique que rigolote - deux tests de traduction à plus d'un an d'intervalle sans signe de vie entre-temps, un coup de fil d'une directrice de collection, enfin, et un petit bouquin. Pleine d'enthousiasme et relativement inconsciente de ce qu'était un tarif d'édition acceptable à l'époque, j'ai sincèrement pensé que cette bluette sympathique allait apporter un changement bienvenu dans mon quotidien de traductrice. Résultat : au bout d'une semaine, je ne pouvais plus supporter mes deux personnages principaux, et les dix derniers chapitres (sur onze) ont été un long calvaire de deux mois. Sans parler du résultat : inintéressant au possible, encore plus formaté que l'original, l'humour en moins. Quant aux éditeurs type Bragelonne, Milady & Co., ce sont des univers qui ne me parlent pas du tout, dont les codes me sont inconnus et qui ne me passionnent franchement pas. Et puis bon, les tarifs sont assez calamiteux comme ça, pas la peine de participer au nivellement vers le bas (un nivellement se fait-il jamais autrement que vers le bas, by the way ?).

Soit elle est "de qualité", la fiction (je sais, tout est relatif, mais je ne suis que manichéisme honteux, aujourd'hui), et elle m'intimide, me met mal à l'aise, je n'ai pas envie de la traduire, elle est très bien comme ça... Sans parler du fait que les auteurs ont souvent "leur" traducteur attitré, ce parcours du combattant-là ne me tente que modérément. A force de ne plus lire de fiction ou très peu, on perd le feu sacré, semble-t-il.

Donc pas de fiction a priori.

En revanche, j'aime bien les essais de sciences humaines au sens large (sociologie surtout, politique, histoire, tout ça) ; le cinéma et l'audiovisuel, of course ; les beaux livres, les beaux-arts ; la musique sous toutes ses formes, la danse et le théâtre ; les biographies, les voyages et le tourisme. Côté ouvrages pratiques, il y a certainement des choses à creuser aussi, je ne suis pas contre un peu de déco ou de cuisine. Voire un peu d'informatique, de photo ou de fitness (si si).

Beau programme, non ?


Y a plus qu'à, en somme.


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2 note(s) du traducteur:

Anonyme a dit…

Yapluka !

Tiz a dit…

Yapuka, oui, mais en somme. Pas bête, Les Piles, elle prospecte tout en piquant un roupillon. Brava.

Je parie que la suite du feuilleton "édition" nous promet de beaux billets.

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